On est pas des oies…

On est pas des oies…

29 mai 2019 0 Par Lud et Fab

Nous sommes le 6 mai et c’est le premier jour du Ramadan. On nous a averti qu’il vaut mieux éviter de boire et manger dans les espaces publics, de ce fait tous les restaurants sont fermés jusqu’à la nuit. Nous arrivons à Salmas et cherchons à acheter de la nourriture que nous irons manger cachés comme des brigands. Il s’avère être assez difficile de trouver du pain ou son équivalent en galettes, et des légumes. Cette recherche est aussi rendue pénible par la circulation chaotique et le fait que tout le monde nous dévisage. Nous nous sentons mal à l’aise… Et d’autant plus quand Fabien fait le tour des étals de légumes alors que Ludmilla reste près du vélo. Très vite, une quinzaine d’hommes manifestement intrigués s’attroupent autour du vélo, ils viennent très près, leur regard est très insistant et semble oppressant. Leurs intentions n’étaient certainement pas mauvaises, mais après avoir entendu plusieurs remarques sur notre tenue vestimentaire, le fait d’être analysée sous toutes les coutures donne envie de se cacher six pieds sous terre. Pour Ludmilla, en tant que seule femme au milieu de ces présences exclusivement masculines, la pression est encore plus forte, sachant que les contraintes sur les femmes, notamment vestimentaires, sont énormes.

Le port du voile est obligatoire, les vêtements doivent être suffisamment amples pour cacher les formes et de couleurs sombres. Les femmes portent donc des pantalons noir, un manteau noir assez épais par dessus leurs habits, le tout recouvert d’un grand drap noir appelé chador (qui signifie tente) qu’elles doivent tenir en permanence, parfois même avec leur dents pour libérer leurs mains. Il leur est interdit de chanter, danser ou faire du sport dans les espaces publics. Cela va même plus loin dans certaines familles, la femme a le droit de danser et chanter uniquement devant son mari. Si d’autres hommes sont présents, c’est interdit. On avait fortement conseillé à Ludmilla de porter une longue jupe sombre, le top pour faire du vélo! Elle n’avait pas suivi ce conseil, estimant que de porter des habits longs et un foulard, même avec des couleurs, est assez respectueux des coutumes de ce pays. Sachant tout cela, être dévisagée systématiquement du haut en bas sonne comme un reproche.

Après cet épisode désagréable, le moral est au plus bas. Nous prenons de l’eau et fuyons la ville le plus vite possible pour pouvoir manger et boire. En sortant, Fabien repère ce qui semble être un traiteur et qui a l’air ouvert. Bonne intuition, la nourriture y est excellente et nous retrouvons un peu d’espoir sur nos capacités à voyager dans ce pays. Pendant que nous mangeons, nous voyons défiler les gens venant chercher des repas à l’emporter. Plusieurs Iraniens viennent aussi manger à l’intérieur, et cela nous rassure de constater que le ramadan n’est pas suivi par la totalité des gens. Nous passons du statut de bandit de grand chemin troublant l’ordre public à simple resquilleur.

Il pleut alors nous nous attardons un peu, appelons des amis en Suisse et cela nous réconforte. Un aspect qui nous gène de plus en plus est le fait que de nombreux automobilistes nous prennent en photo ou nous filment, parfois pendant de longues secondes, en se rapprochant dangereusement du vélo alors que nous roulons. Certaines voitures s’arrêtent juste devant nous, nous obligeant à les contourner, et leurs occupants nous font signe de nous arrêter pour qu’ils puissent prendre un selfie. Les cinq premiers de la journée, c’est marrant, mais une certaine lassitude pour ne pas dire irritation s’installe dès la 30ème voiture.

Dans l’après-midi, nos réserves d’eau diminuent, nous profitons de l’arrêt d’une voiture pour demander de l’eau en échange de la photo. Ils n’ont pas d’eau mais le quart de pastèque nous désaltère efficacement.

En fin de journée, nous espérons trouver un emplacement pour poser la tente plus tôt que le jour précédent. Nous repérons une gare qui, au vue du chemin qui y mène, doit être désaffectée. En arrivant sur place, il y a un employé qui ne parle pas un mot d’anglais. Google trad aide, mais pas toujours, et surtout cela semble très compliqué de simplement savoir si nous pouvons rester ou pas. Après avoir appelé la moitié de l’Iran et fait des copies de nos passeports, nous pouvons enfin planter la tente, cuisiner, se laver, bref, la routine du soir. L’employé nous ouvre même les toilettes et nous amène du thé et de l’eau potable.

Au petit matin, vers 6h30, nous sommes réveillés par le vacarme d’une moto qui fait le tour de la tente. Joie et bonheur d’être scruté dès le saut du lit sur le chemin des toilettes…

Ce soir, nous allons chez un warmshower à Shabestar. L’accueil est royal, il y a à manger pour au moins 6 personnes, chaque met est succulent. Difficile de savoir par quoi commencer…

Après 5 mois en Turquie, nous pensions avoir trouvé le haut du panier de la gastronomie, mais clairement l’Iran est un cran au dessus. Nous passons des moments inoubliables avec Saleh et sa famille. Nous découvrons l’hospitalité à l’iranienne. On nous fait manger 3 gros repas par jour, plus des fruits, toujours en insistant pour que nous mangions plus. C’est tellement bon qu’il est difficile de dire non, mais la digestion en prend un coup. Nous passons notre temps à manger, parler et s’affaler pour digérer et pensons prendre facilement 10 kg d’ici le Turkménistan. Bref, on nous gâte et on nous gave…