Arrivée en Iran

Arrivée en Iran

19 mai 2019 0 Par Lud et Fab

Comme des averses sont annoncées le matin, nous traînons un peu dans le hall d’entrée de l’hôtel de Saray. Vers 14h, le ciel semble enfin se calmer et nous nous mettons en route. 300 mètres plus loin, nous recevons un message de notre futur hôte warmshower iranien qui demande à quelle heure nous pensons arriver ce soir. Petit coup de stress, car il y a presque 100 km jusque là. En vérifiant nos messages, nous constatons que nous avons mis la bonne date, mais pas le bon jour, ah la la… Sachant qu il y a une grande partie de descente, nous allons tenter le coup malgré le départ tardif et la distance. Un peu plus loin, dans la montée, quelques gouttes puis de bonnes averses nous forcent à mettre nos habits de pluie.

Enfin, voilà la frontière! On nous demande de passer par le même chemin que les piétons, certes couvert, mais avec certains passages bien étroits. Finalement, on nous permet d’emprunter le chemin des voitures. Cela prend encore 20 minutes pour faire nos tampons de sorties sur nos passeports, et nous entrons en Iran. « Welcome to Iran! » (bienvenue en Iran) est la phrase que nous entendrons de nombreuses fois à commencer par les gardes-frontières.

Nous avions lu quelque part que la route devient nettement moins bonne après la frontière, mais outre les premiers 300 mètres composés exclusivement de nids de poule et de terre, le revêtement est assez bon. Il est déjà 17h, il reste 68 km avec 950 mètres de descente, nous sommes toujours confiants d’arriver encore ce soir. Le soleil de fin de journée pointe le bout de son nez et nous prenons quelques clichés superbes.

Un peu avant d’arriver à Khoy, notre ville d’arrivée, la nuit tombe. Ludmilla remarque qu’une voiture roule très lentement devant nous depuis un bon moment. Elle s’arrête, nous la dépassons, la voiture redémarre et cette fois se positionne derrière nous. A mesure que le temps passe, nous oscillons entre la peur et l’étonnement. Nous sommes soulagés en voyant les premières bâtisses de Khoy car s’ils avaient voulu nous détrousser, ils l’auraient fait avant la ville! Nous nous arrêtons à notre tour, la voiture fait de même et le chauffeur vient nous saluer et se présenter. Il s’appelle Javad, nous souhaite la bienvenue en Iran et demande où nous allons passer la nuit. Nous lui demandons d’appeler notre warmshower car nous n’avons pas encore acheté de carte sim iranienne. Le rendez-vous est donné au centre-ville, à quelques km de là. Javad nous fait signe de le suivre, il va rouler au pas devant nous pour nous indiquer la route. Le lieu de rencontre est un grand rond-point où, à notre effarement, nous nous parquons en plein milieu. D’autres voitures s’arrêtent à côté de nous pour voir le vélo, demander d’où nous venons ou juste acheter des légumes, et cela semble à nos yeux hyper dangereux. Ouf, voilà notre hôte Towhid! Javad prend congé en nous donnant son numéro et précisant que nous pouvons l’appeler en cas de problème. En arrivant chez Towhid après 97 km de route, le vélo ne rentre pas! Fabien rassemble ses derniers grammes de courage pour l’amener chez un ami de Towhid, Mahboub, que nous rencontrons aussi ce soir-là. La maman de notre hôte a cuisiné pour nous, la fatigue de cette longue journée ne nous empêche nullement d’apprécier hautement ce délicieux souper pris assis autour d’une nappe sur un tapis bien moelleux.

Le but du lendemain est de trouver une carte sim, changer de l’argent et fêter l’anniversaire de Ludmilla. Après un bon petit-déjeuner, Fabien, Towhid et son ami Afshin proposent d’aller en ville pendant que Ludmilla se repose après une nuit assez courte. Juste avant de sortir, notre hôte fait remarquer à Fabien que sa chemise semble vieille et délavée par le soleil. Il lui propose d’utiliser une des siennes. Évidemment, il faut aussi le pantalon qui va avec! Les Iraniens semblent très élégants!

Au moment de changer de l’argent, Towhid demande à Fabien de rester dehors. En effet, sa présence ferait baisser le taux de change car malgré la métamorphose vestimentaire, il ressemble toujours à un touriste. Alors commence la quête de la carte sim gratuite qui dure plus d’une heure, et qui s’achève au pas de course pour revenir au premier magasin qui en vend pour 1 Euro. Le soir, nous allons au restaurant avec la sœur de Towhid et sa famille, puis nous passons dire bonjour à son frère, et enfin à sa maman qui souhaite faire un cadeau à Ludmilla. La voilà parée d’un nouveau foulard, d’un petit miroir et d’une paire de chaussettes, tout pour affronter l’Iran. Nous rentrons tard, mais il reste encore une petite surprise: un gâteau d’anniversaire acheté par Fabien. Même en petit comité, le rituel du soufflage de bougies fait chaud au cœur.

Nous partons le lendemain en direction de Salmas. La traversée de Khoy s’effectue sans encombres, même si le style de conduite nous paraît barbare. Juste à la sortie, pas loin de l’endroit où nous nous étions rencontrés, nous recroisons Javad par hasard. Il tient à nous inviter à manger, mais nous refusons poliment car il nous reste pas mal de route dont une bonne montée. En arrivant au pied de celle-ci, nous tentons de faire du stop, sans succès. Ou alors ce sont des voitures qui s’arrêtent, mais le vélo ne rentre pas. Nous nous remettons en selle et parvenons à monter sur plusieurs kilomètres, la forme physique est en train de revenir! Néanmoins, la pente augmente et nous devons pousser le vélo. Alors s’arrêtent plusieurs camionnettes pour nous proposer de l’aide. Nous tentons de mettre le vélo dans la première, mais il ne rentre pas. Du coup nous disons non à la deuxième. Une troisième stoppe et son conducteur propose de tirer le vélo avec nous dessus. Nous réussissons à négocier que Ludmilla monte avec le chauffeur et Fabien court en maintenant l’équilibre du vélo. Régulièrement Ludmilla regarde dans le rétro et dit au chauffeur « yavash, yavash » (doucement, doucement). En haut de la montée, la camionnette s’arrête sur le côté, nous décrochons le vélo, remercions notre ami et Fabien reprend son souffle petit à petit. Quelques minutes plus tard, une mini camionnette frigorifique s’arrête et le chauffeur nous offre deux glaces que nous dégustons avec un plaisir infini. Vraiment, les Iraniens sont très prévenants!

Nous nous mettons à la recherche d’un endroit pour camper, ce qui s’avère difficile dans cette région. Nous suivons une route qui part sur le côté et qui mène à ce qui semble être une usine désaffectée. Sur place, il y a quelqu’un qui garde l’endroit. Fabien lui demande si nous pouvons planter la tente car il fait presque nuit. Le gardien s’avère super sympa et nous autorise à rester. Il nous propose même de nous amener de la nourriture.