Kurdistan turc

Kurdistan turc

12 mai 2019 0 Par Lud et Fab

Nous quittons à regret notre petite maison troglodyte mais nous retrouvons la joie de pédaler sur des routes qui vont bien, c’est-à-dire avec moins de dénivelé. Lors d’une pause, une voiture s’arrête sur la bas-côté. Le conducteur s’avère travailler pour Shimano (une marque d’équipement vélo) et nous discutons du voyage à vélo et des cyclistes qui passent dans la région. Il nous montre des photos d’autres cyclovoyageurs croisés récemment. Il nous offre deux buffs et de l’huile pour la chaîne, la même bouteille que Fabien venait d’acheter, ce qui nous permettra de faire un petit cadeau au prochain cycliste sur notre route.

A la pause suivante, Ludmilla aperçoit un mignon petit chien qui nous tient compagnie. Il semble vraiment très petit et nous aurions presque envie de le prendre avec nous. Il semble bien nourri, il rechigne à manger notre nourriture, il boit juste un peu d’eau. Au moment de repartir, un grand chien blanc fait son apparition. Notre petit chien est entre de bonnes mains.

Nous reprenons la route et décidons de rejoindre Kayseri car nous nous sentons en forme. Les kilomètres s’accumulent avec un vent de face éreintant sur la dernière partie. Nous serions-nous surestimés? Heureusement, il ne reste que 15 kilomètres. Un peu avant le début de la ville, plusieurs panneaux barrent la route. Effectivement, le pont enjambant la voie ferrée est inexistant. Le détour officiel fait plus de 25 kilomètres et ajoute de la montée. Youpie! Complètement démoralisés, nous faisons une pause et constatons qu’il existe une très petite route, barrée par un tas de sable, que Google map préconise. Nous tentons le coup et arrivons dans une zone industrielle casi déserte, mais après quelques routes en travaux, nous parvenons à l’entrée de la ville. Kayseri est une petite ville turque de deux millions d’habitants. Pour atteindre le centre, il reste encore 10 kilomètres. Courage!!!

Nous dénichons un hôtel avec un personnel très sympathique qui nous autorise à mettre le vélo dans le hall d’entrée vraiment minuscule. Nous profitons de cette halte en ville pour retirer de l’argent pour l’Iran étant donné les sanctions américaines rendant impossible le retrait d’argent sur place. Depuis plusieurs semaines, nous tentons vainement d’acheter un nouvel ordinateur, l’ancien ayant rendu l’âme. Il y a énormément de magasins vendant des smartphones, mais très peu proposent des ordinateurs. De plus, nous en cherchons un léger et bon marché, ce qui complique passablement les recherches. Finalement, nous en trouvons un chez Mediamarkt. Il n’est pas parfait, mais il fera l’affaire.

Nous souhaitons ensuite prendre le train pour rejoindre l’est de la Turquie. Nos précédentes tentatives pour savoir si le vélo sera accepté dans le train s’avérant infructueuses, nous allons le jour même plusieurs heures en avance. Bonne nouvelle, le vélo est accepté. Nous payons nos billets de trains 34 liras (6.-) chacun pour plus de 15 heures de trajet , soit quatre fois moins cher qu’un bus. Nous occupons notre temps d’attente en faisant de la cuisine: biscuits, chapatis, ce qui attire l’attention de plusieurs employés des trains. 17h30, le train va enfin arriver! Heureusement car il se met à pleuvoir des cordes. Toujours pas de train. Nous allons nous mettre à l’abri. La pluie cesse après une demi-heure. Toujours pas de train. La présence de nombreux passagers sur le quai de gare nous rassure sur le fait qu’il devrait quand même arriver. Il finit par arriver avec une bonne heure de retard. Mais le jeu en vaut la chandelle car le trajet est absolument magnifique.

Nous nous réjouissons de découvrir la partie kurde la Turquie, d’autant plus qu’un couchsurfer nous attend ce soir à Van. Le train arrive en gare de Tatvan avec plus de 3 heures de retard. Nous récupérons le vélo dans le wagon cargo et nous dépêchons de rejoindre le terminal de ferry de la ligne Tatvan – Van qui se trouve à 3 kilomètres. Évidemment, en chemin nous sommes copieusement arrosés par une averse et nous arrivons dégoulinants à l’entrée du terminal. L’employé nous dit qu’il n’y a pas de ferry aujourd’hui, mais que nous pouvons revenir demain à 9h. Démotivés et complètement détrempés , fatigués par la nuit en train, nous rebroussons chemin et trouvons un hôtel sur place. La chambre est énorme, le petit-déjeuner royal. Une bonne nuit de sommeil nous rend plus présentables et sociables pour le lendemain. Requinqués, nous nous levons tôt pour arriver au port avant 9h. Le soleil brille, le lac est magnifique, nous sommes très confiants.

Caramba, encore raté, apparemment il n’y a pas de ferry aujourd’hui non plus… Nous expliquons qu’on nous a dit hier qu’il y en aurait un aujourd’hui. Finalement, quelqu’un téléphone au capitaine pour lui demander si un bateau part aujourd’hui et s’il accepte de nous embarquer. La personne qui a appelé s’avère être l’architecte des ferry de Tatvan, car comme c’est un lac, les bateaux doivent être construits sur place. Il nous accompagne jusqu’au quai d’embarquement. Le ferry transportant essentiellement des wagons, nous faisons rapidement la connaissance d’une mignonne petite famille, seuls autres passagers à bord. Petit clin d’œil du destin, la maman est enseignante et est née le 5 mai 1984, soit exactement le même jour que Ludmilla! Nous partageons nos provisions en attendant le départ. Le lac est entouré de montagnes et notamment d’un volcan où il y a des sources d’eau chaude, malheureusement inaccessibles en hiver à cause de la neige.

Enfin nous y sommes! Notre merveilleux couchsurfer a été d’accord de nous accueillir un jour plus tard. En attendant qu’il finisse le travail, nous nous perdons dans les petites ruelles loin de la circulation. Nous entrons dans un magasin d’électronique pour acheter un câble USB. Le vendeur est super intéressé par notre voyage, il nous même à boire le thé.

Nous avons presque la sensation d’être dans un autre pays, tellement l’accueil est différent et bienveillant. Le phénomène est probablement amplifié par le fait que nous avons passé plusieurs mois dans des régions beaucoup plus touristiques.

La faim se faisant sentir, un kebab attire notre attention. Nous y mangeons une des meilleures viandes de tout le voyage. Le patron, désireux de nous mettre à l’aise, invite Fabien à essayer de faire des brochettes. Plusieurs curieux regardent le vélo, nous répondons avec notre turc approximatif, sommes pris en photo et en prenons aussi. D’habitude nous évitons de prendre en photo les gens sans leur demander, mais ici certains semblent tellement heureux d’être pris en photo que nous nous lâchons un peu.

Kadir nous donne rendez-vous un peu plus loin, nous le suivons en vélo jusqu’à chez lui. Nous rencontrons toute sa famille qui vit à l’étage supérieur. Sa maman propose à Ludmilla d’essayer une robe traditionnelle, et un peu plus tard, c’est au tour de Fabien d’être emmené par le frère de Kadir pour revêtir son costume de mariage tout neuf. Kadir a aussi invité des amis, dont un enseignant qui joue de la guitare. Avec Kadir au saz, ils interprètent plusieurs chansons kurdes, et Ludmilla se joint à eux pour certains morceaux. Comme notre hôte parle super bien anglais, nous discutons de plein de sujets, du mariage à la nourriture. C’est ce genre de soirées qui rendent le voyage magique… Et le genre de rencontres qui donnent envie de revenir parcourir le Kurdistan de manière plus approfondie.

Nous allions repartir le lendemain, mais finalement Kadir nous invite à rester encore une nuit. Il nous propose de visiter le château de Van, vieux de 3000 ans.

Il est temps de partir en direction de la frontière iranienne. Nous faisons une halte à Özalp pour trouver une poste où nous pourrions envoyer en Suisse notre ordinateur défectueux. On nous offre plusieurs tasses de thé et après une heure de recherche de carton, remplissage de papiers compliqués, au vu du prix, nous abandonnons l’idée. En effet, les tarifs semblent variables d’une région à l’autre avec parfois un facteur 5!

Plus tard dans la journée, un fort vent de côté se lève, il est presque impossible de rouler. Nous nous arrêtons à Saray, et allons retirer de l’argent pour une dernière nuit à l’hôtel en Turquie. Nous n’avons même pas le temps d’accéder au Bancomat qu’un employé de la banque nous invite à boire le thé. Que ce soit à la poste, à la banque ou encore à la pharmacie, rien ne fonctionne en Turquie sans thé. Parfois il y a même un préposé au thé qui amène et débarrasse les tasses, le sucre, etc.

Nous avons beaucoup aimé la Turquie après 5 mois, nous nous y sommes senti très à l’aise et cela ressemble beaucoup plus qu’on le croit à l’Europe. Nous regrettons un peu d’avoir passé tant de temps dans les climats doux de la mère Égée, car ces zones touristique sont beaucoup moins intéressantes quand nous voyageons à vélo.