La magie de la Turquie : partie deux

La magie de la Turquie : partie deux

23 avril 2019 0 Par Lud et Fab

Nous quittons notre spot à morilles et admirons une tondeuse à gazon automatique sur un terrain de foot.


Le ciel se couvre, la pluie arrive. Nous nous mettons en quête d’un hôtel car un gros orage s’annonce. Nous tentons notre chance dans une  »petite » ville de 18’000 habitants du nom de Yatağan mais mission impossible. Finalement, un passant nous oriente vers un hébergement attenant à une station service en dehors de la ville. L’endroit ne fait pas rêver mais pour une nuit et échapper à la pluie, nous nous en contenterons. L’affaire se corse quand la réceptionniste exige un certificat de mariage pour partager la chambre. Comme nous n’en avons pas, elle demande nos passeports. Nous tentons d’expliquer qu’en Suisse, il est possible de se marier en gardant son nom de famille, mais peine perdue. Un peu dépités, nous repartons à la recherche d’un endroit où planter la tente rapidement, idéalement avant les premières gouttes. Nous remplissons la poche à eau près d’une mosquée, longeons une centrale électrique massive, puis, quelques centaines de mètres plus loin, en haut d’une petite montée, quelque chose craque et se brise sous le vélo. Coincé sous le vélo, Fabien a la sensation d’être passé dans un nid de poule de 40 cm de profondeur alors que la route est lisse. Projetée en avant, Ludmilla sent que sa chute n’est pas comme les autres fois. Tout va si vite que nous ne réalisons pas tout de suite ce qui a cassé. Un peu sonnés, nous nous relevons. Ouf, rien de cassé, juste une bosse sur le mollet de Fabien et une bonne plaie au genou de Ludmilla. Mais le vélo est incapable de rouler: la fourche a cassé. Imaginez que vous êtes en train de rouler et soudain il n’y a plus de roue avant ! Du coup, le porte-bagage sous le siège a ramassé tout le poids du vélo, brisant quelques bambous. Cela nous crève le cœur de voir notre monture en si triste état.

Et la magie de la Turquie opère à nouveau. Très vite, un semi-remorque s’arrête et, malgré nos refus, le chauffeur finit par appeler une ambulance. Quelques minutes après l’arrivée de l’ambulance débarque une voiture de police. Entre-temps, nous appelons Ersin et il accepte de nous accueillir à nouveau et de nous aider à réparer le vélo. Il reste à trouver comment nous rapatrier avec les affaires et le vélo jusqu’à Dalyan, soit à une centaine de kilomètres. Finalement, les flics arrêtent une camionnette qui transporte du lait et demande au chauffeur de nous déposer à la station de bus de Yatağan. La voiture de police nous escorte et vérifie qu’un bus pourra nous prendre. Après dix minutes, le vendeur de billets nous annonce qu’un gros bus accepte de nous embarquer même pour cette petite distance car normalement les courts trajets de moins de 200 km sont couverts par des minibus, trop petits pour contenir le vélo. Plusieurs personnes nous aident à charger les sacoches, et nous voilà assis et dans la bonne direction à peine 45 minutes après l’accident. Quelle efficacité dans l’adversité !

De retour à Dalyan avant la pluie, nous prenons quelques jours pour nous reposer et laisser redescendre le stress. En effet, même si nous sommes très touchés et reconnaissants aux Turcs pour leur aide et leur soutien, dans certaines occasions, il est particulièrement douloureux d’être loin de chez soi. Nous compensons la distance par de nombreux appels à la famille et aux amis en Suisse, une certaine dose d’épisodes de Stargate et de la crème glacée saveur Tiramisu !

Quand la pluie cesse après plusieurs jours, nous évaluons les dégâts et les réparations à effectuer. Nous hésitons à commander une nouvelle fourche, car il n’en existe pas vraiment de petites pour tandem. Finalement, nous tentons une réparation à base de bambou et carbone, comme il y a tout ce qu’il faut dans l’atelier d’Ersin. Ainsi nous savons que le travail est bien fait et nous évitons des délais de livraison.


Un jour, nous allons manger à la cafétéria qui fait face aux tombes lyciennes creusées dans la falaise, typiques de Dalyan. Nous apercevons un tandem bien chargé muni d’un drapeau suisse! Quelle chouette rencontre avec Florine et Quentin ! Après plusieurs heures de sympathiques discussions, nous les invitons à dormir dans notre salon (entretemps nous avons pris un appart-hôtel). Nous apparaissons même dans leur vidéo sur la Turquie ! Ils nous parlent d’un couple français qui les suit avec un jour de retard. Emilie et Alexis roulent en Pino, le tandem qui a inspiré notre vélo, et ils ont livré 20 kg de lunettes au Cambodge ! Nous profitons alors de les inviter également. Alexis et Quentin sont très intéressés par la construction de vélo en bambou et les moments passés avec ces voyageurs qui reviennent de Chine nous relancent dans la dynamique du voyage après cette longue pause.

Après avoir remplacé et recollé les bambous cassés, il est temps de remonter en selle pour tester. Nous partons en direction de la plage d’Iztuzu, restée relativement sauvage car protégée contre le tourisme de masse. Il s’agit en effet d’un site de ponte pour les tortues marines.

Le lendemain, nous repassons par Dalyan pour remercier et dire au revoir à Ersin et Asle (la potière). Nous rejoignons alors la plage de Sarigerme, assez déserte en cette saison. Nous faisons le plein de soleil car l’idée ensuite est de rejoindre la Cappadoce et son climat encore hivernal.

Les réparations tiennent bien. Sans suspension, la fourche est plus basse ce qui facilite l’accès au siège et le maniement général du vélo. Nous reprenons un peu plus confiance à chaque kilomètre parcouru. Tout est bien qui finit bien.