Turquie: le volontariat

Turquie: le volontariat

28 mars 2019 0 Par Lud et Fab

Nous sommes quelque peu en retard dans nos publications. Voici les récits de décembre 2018.

Après deux semaines à Edirne, nous rassemblons tout notre courage pour quitter Asad et Amine qui nous ont si bien accueilli. La neige nous dissuade de poursuivre en vélo, les 20°C à Antalya nous font de l’œil. Nous cherchons alors un endroit pour faire un peu de volontariat pendant l’hiver via le site Workaway. Après plus de 10 demandes, une personne finit par nous répondre, et nous prenons un bus pour nous rendre près de Fethiye. Concernant le trajet, il faut compter tout de même plus de 16h majoritairement de nuit.

Nous vivons deux semaines hors du temps, coupés d’internet, dans une maison en terre, chauffée au bois, avec la salle de bain dans une annexe.

Si la vie dans un habitat une pièce nous plaît bien, il en va autrement concernant la collaboration avec les propriétaires. Ils tentent de minimiser les coûts en nous fournissant des aliments ultra bas de gamme et nous demandant de très peu chauffer alors qu’il gèle la nuit. Évidemment, eux ne se cantonnent pas à ce régime-là! La cheminée de leur imposante demeure fume toute la journée!!! Pour couronner le tout, ils trouvent diverses techniques pour nous faire travailler plus que les heures convenues. Nous avons l’impression d’être de la main d’œuvre bon marché.

Lors d’un rare moment de libre, nous visitons le site archéologique de Tlos, situé à 7 km.

En montant de Tlos, une voiture s’arrête et le chauffeur, Hussein, propose de nous ramener. En chemin, il nous invite à boire le thé avec lui et sa famille, fraîchement installée dans la région. C’était sympa d’avoir des amis dans cette situation, ils nous ont aussi bien dépanné avec internet lorsque nous avons cherché un autre endroit pour la suite de l’hiver.

En quelques jours, nous prenons nos dispositions pour partir et Ali nous accueille à 20 km de là, nous nous y rendons à vélo! La ferme a pour but de planter de la forêt selon les préceptes de Masanobu Fukuoka. Les conditions de vie sont ici bien différentes: Ali vit entièrement avec les volontaires, n’ayant qu’une chambre séparée pour lui. Chaque matin, nous préparons ensemble un somptueux petit-déjeuner, et aucune restriction à aucun niveau. Nous respirons à nouveau un peu plus librement, chacun ayant l’opportunité de prendre la place qui lui convient. Nous dormons dans un bungalow, et il y a un grand espace commun qui fait office de salon-cuisine. Nous sommes également enchantés de retrouver un peu de vie sociale grâce à la présence d’autres volontaires: une Tchèque, un Belge, un Japonais, un Turc, une ambiance internationale qui se retrouve jusque dans la cuisine.

La dinde

Noël approchant, Ali nous demande si nous souhaitons faire quelque chose en particulier. Notre amie tchèque Agnieszka sachant cuisiner la dinde, le Belge Adrian sachant la tuer, Ali propose de tuer une de ses dindes séjournant dans son ancienne ferme. Le 25 décembre, de bonne heure, nous nous rendons tous sur place en voiture. Adrian a aiguisé son couteau la veille et paraît très confiant. Nous marchons parmi les oliviers en quête d’une dinde. Enfin en voilà quelques-unes. Après avoir sélectionné et encerclé l’une d’elle, nous nous approchons furtivement. Soudain, Adrian enferme la dinde dans une caisse en plastique, puis la place entre ses jambes la maintenant avec ses genoux, préparant son couteau. Tenant le cou de la dinde de la main gauche, il tranche la gorge d’un coup vif et malheur, le couteau s’enfonce également dans son bras gauche. Dans un premier temps, personne n’a remarqué sa blessure. Il lâche la dinde et appuie sur son bras, puis se lève et part d’un bon pas en direction de la voiture. Fabien l’accompagne car Agnieszka a disparu. Restent avec la dinde le volontaire japonais, Nari, et Ludmilla. L’animal tressaute encore pendant de nombreuses minutes. C’est assez grand une dinde quand même! Finalement, elle a l’air vraiment morte, et nous la mettons dans la caisse en plastique pour la transporter vers la voiture. Là-bas, Fabien annonce que la blessure est assez grave, qu’il a aidé à faire un pansement d’urgence et qu’on voyait l’os… Agnieszka et Adrian sont en train de tenter d’appeler une ambulance car Ali a disparu. Mais la batterie est à plat!!! Au moment où nous allions charger leur carte sim dans notre téléphone, Ali réapparaît et peut conduire Adrian aux urgences. Juste avant que la voiture démarre, Adrian nous fait promettre de plumer et vider la dinde.

De retour chez Ali, personne ne sachant comment procéder, nous cherchons des tutoriels sur internet, et même après plusieurs visionnages, le procédé reste assez obscur… Néanmoins, nous répugnons à gâcher la viande d’un animal tué sous nos yeux et nous attelons tant bien que mal à la tâche. Deux heures plus tard, la dinde est plumée et tous les organes internes ont été retirés. La dinde est lavée et placée au frigo en attendant le retour d’Adrian. Ce dernier sera opéré le jour même, s’étant sectionné une artère, un tendon et un nerf. Bref, joyeux Noël!