Immersion serbe

Immersion serbe

6 novembre 2018 2 Par Lud et Fab

Que demande un cyclo-voyageur comme cadeau d’anniversaire?

  • du beau temps
  • 50 km/h de vent DANS LE DOS
  • une bonne bière
  • pis voilà!

Pour le beau temps c’est râpé, mais pour le reste, les vœux de Fabien sont exaucés. Le 24 octobre est donc une journée pluvieuse, mais le moral reste au beau fixe grâce au vent du Nord qui nous pousse en avant. Nous roulons habituellement à 19-20 km/h au plat, et là nous avoisinons les 30 km/h presque toute la journée!

A la sortie de l’espace Schengen, nous passons notre première vraie douane. Nous devons attendre 10 minutes que le douanier hongrois se rende compte que nous sommes là. Entre temps, nous admirons le mur anti-migrants qui suit la frontière. Un frisson nous parcourt le dos.

Enfin, le douanier hongrois se pointe, jette un rapide coup d’œil à nos cartes d’identité et le tour est joué. Du côté serbe, on nous demande d’ouvrir le « coffre » (le gros sac rouge que nous appelons Paul), et il commence à sortir des bagages. Arrivé au violon, il faut l’ouvrir. Un peu inquiète qu’il le maltraite, Ludmilla s’en charge. Finalement, tout va bien quand le douanier aperçoit le violon. C’est sûr que si nous avions quelque chose à cacher, ce serait dans le sac le plus en évidence que nous l’aurions mis. Et c’est parti pour la Serbie!!! Nous nous réjouissons de parcourir ce pays car plusieurs voyageurs nous ont vanté la chaleur de l’accueil serbe.

Et cela se confirme par l’hospitalité d’Alexandra qui nous héberge ce soir-là à Sombor. Elle nous cuisine un super bon plat ayurvédique et nous prête même son lit. Nous sommes un peu gênés de prendre son lit, mais nous comprenons assez vite qu’il n’est pas vraiment possible de refuser. Cette soirée conclut très bien la journée d’anniversaire. Nous la remercions en cuisinant du pain perdu le lendemain matin.

Nous reprenons la route mais malheureusement le vent a changé de direction, et nous passons de 30 à 13 km/h… Par chance, des paysans nous font signe sur le bord de la route et nous nous arrêtons. L’un deux parle allemand et nous échangeons quelques mots en faisant tourner une bouteille de rakia (schnaps serbe).

Extrait de la conversation qui suit sur le vélo:

Ludmilla: C’est marrant, ça me fait un sacré effet, alors que je n’ai bu que quelques gorgées…

Fabien: Mais tu prenais des vraies gorgées? Parce que la technique c’est d’en prendre des petites pour pouvoir continuer à rouler après!

L’itinéraire choisi passe souvent par des zones agricoles et nous avons un peu la sensation de faire un voyage dans le temps. Nous croisons souvent des bergers, parfois un cheval fait office de tracteur. Nous assistons à des scènes de récolte de maïs à la main, puis les épis sont stockés en tipi ou alors rassemblés dans des greniers grillagés.

A la fin de la journée, voyant effectivement que les Serbes sont aussi accueillants que dans nos attentes, nous voulons essayer de nous faire inviter chez des gens. A l’entrée du village, Ludmilla va faire les courses pendant que Fabien tient le vélo qui, faute de pied, ne tient plus tout seul (aussi connu sous Le-vélo-qui-n’avait-pas-de-pied). Cela prend pas mal de temps et Fabien s’en étonne étant donné que le magasin est tout petit. Apparemment, il y avait du monde à la caisse…

Donc, nous voulons nous faire hébergés. Mais comment? La première stratégie que nous tentons est de demander de l’eau et plus si affinités. Nous apercevons une dame dans son jardin et lui demandons de l’eau (vodè en serbe). Une fois à l’intérieur, la dame propose à Ludmilla de rester boire un café et d’aller chercher Fabien qui tient Le-vélo-qui-n’avait-pas-de-pied. Cela s’annonce bien!!!

La dame parle un peu allemand (décidément, c’est une langue bien utile pour voyager dans les Balkans, contrairement à ce que pouvait penser Fabien!). Elle nous demande ce que nous voulons boire. Nous répondons « chai » (du thé). Nous nous retrouvons avec chacun une grande tasse de thé et une énorme tasse de café. Cette charmante dame nous propose alors de nous servir de différentes gâteries maisons, toutes plus succulentes les unes que les autres. Strudel au pavot, gaufrettes aux noix et surtout le meilleur strudel aux noix du monde. En bavardant, nous apprenons que c’est son anniversaire. Ludmilla bondit alors de sa chaise et file à l’extérieur. Elle revient quelques minutes plus tard avec une boule de Berlin au chocolat surmontée d’une bougie. Il faut toujours avoir dans ses sacoches de quoi fêter un anniversaire. La dame est très émue, mais pas autant que Fabien qui comprend que la surprise lui était en fait destinée, et qu’il n’y avait pas foule au petit magasin.

Le temps passe, il fait nuit désormais. Nous demandons si nous pouvons planter la tente dans leur jardin. Mais il y a comme un malaise, car ils doivent partir tôt le lendemain matin. Nous reprenons la route dans le noir et trouvons 500 mètres plus loin un champ entre deux maisons qui fait l’affaire.

Fatigués par le vent de face et les pistes terreuses défoncées, nous retentons la stratégie de l’eau le lendemain. Et cette fois-ci, bingo, après nous avoir demandé où nous pensons dormir, notre réponse évasive incite Ilia, un homme rencontré dans le village où pensons nous arrêter, à nous inviter chez lui. Nous discutons toute la soirée grâce à ses quelques notions en allemand et en anglais, et même si nos centres d’intérêt ne concordent pas, nous passons une soirée très intéressante.

Le lendemain, nous faisons une pause sur le banc d’un arrêt de bus pour notre deuxième déjeuner. A la fin de la troisième tartine, un cycliste passe, nous le saluons et il s’arrête. Ludmilla lui sert la main et lui dit:

-Hi, I’m Ludmilla, and this is Fabien!

-Yes, I know, répond le cycliste.

Il s’agit de Lyubomir, un warmshower que nous avions contacté mais qui ne pouvait pas nous héberger. Son frère possède le restaurant juste à côté de l’arrêt de bus où nous sommes. Il a appelé Lyubomir pour l’avertir que des voyageurs à vélo étaient dans le coin! Il roule un moment avec nous et nous indique une superbe route en haut d’une colline pour la suite de notre périple.

Autre jour, autre arrêt de bus: un chaton gris très insistant qui nous tourne autour finit par s’endormir sur les genoux de Ludmilla.

Enfin nous nous arrêtons quelques jours à Pancevo, près de Belgrade, chez Miroslav pour réparer le vélo. La vue depuis son balcon du 4ème étage est superbe en fin de journée.

Nous avons tellement subi de vent de face que lorsqu’un jour d’accalmie s’annonce, nous décidons d’écourter d’un jour notre séjour et partons juste après une averse. Nous roulons sur une route bondée, les camions nous frôlent, c’est hyper stressant et d’autant plus après avoir assisté à une collision entre deux voitures à 15 mètres devant nous. Pour la suite, nous nous promettons de faire plus attention au parcours pour éviter ce genre de routes.

Appliquant directement cette bonne résolution le jour suivant, nous revoilà sur de la piste, enfin, quand on peut y accéder.